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Par la seule force de vos muscles, vous devez amener une charrette en haut de cette côte. La charrette roule bien et n'est pas très lourde. L'effort devrait être aisé. Mais l'artisan qui vous emploie ne vous pas encore dit l'essentiel : ce que vous aurez à transporter dans cette charrette. Voilà qu'il remplit l'engin de coton en vrac. Quelques centaines de grammes de plus ou de moins ne changent rien. L'effort reste aisé, la côte légère. De retour, l'artisan vous attend à côté d'une pile de briques : 50, 60 briques… 70, 80 kg ! La côte est rude, vos muscles congestionnés… La charrette est la même mais les briques ne valent pas les plumes. A présent, dites vous que la charrette s'appelle lactate, que les briques sont des protons hydrogène (H+) et que le coton est un sel (Na+). Avec le sel dans la navette lactate, la côte sera aisée à monter. En ajoutant de l'hydrogène dans la charrette lactate, l'effort sera rude, les muscles congestionnés… Le lactate est une charrette. C'est un moyen de stockage et de transport. Il n'augmente pas la difficulté de l'effort. Si vous donnez du sel de lactate à des sprinteurs, leurs performances se maintiennent ou s'améliorent (effet tampon). En revanche, l'hydrogène change tout à l'effort. Source d'acidité, il diminue les performances musculaires. Associé au lactate il donne l'acide lactique c'est-à-dire la charrette chargée de briques. Si nous souhaitons que notre langage accompagne nos connaissances, peut-être devrons-nous nous concentrer sur l'acidité (ions hydrogène) plutôt que sur le lactate. Si nous voulons nous approcher d'une "vérité du transport", peut-être pourrons-nous éviter de parler de la charrette pour nous concentrer sur son contenu.
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Isolons un muscle de souris. Plaçons-le dans une solution remplie de "méchants protons" potassium (K+). Le muscle perd les trois quarts de sa force initiale. Ajoutons à présent une bonne quantité d'acide lactique dans notre solution. Le muscle récupère presque entièrement sa force initiale. Voilà déjà un bouleversement par rapport à nos conceptions habituelles. Mais souvenons-nous de notre charrette lactate. Disons simplement que le lactate n'est pas responsable de la fatigue et ne développons pas davantage... Revenons à présent à notre solution et augmentons l'acidité. Le muscle… récupère sa force ! Cette fois, c'est à n'y rien comprendre. La solution est plus acide et le muscle récupère sa force. L'acidité serait-elle également innocente ? La conclusion des auteurs dépasse l'hypothèse de l'innocence. Pour eux, au lieu d'être une cause de la fatigue, l'acidité peut s'avérer une protection contre elle. Les vraies causes de la fatigue associée à un travail intense seraient donc à rechercher ailleurs. Peut-être dans le potassium, mais sûrement bien au-delà… Depuis quelques années nous disposons d'indices qui nous laissent penser qu'une part importante de la fatigue est ailleurs que dans l'acidité. A la fin des années 1970, nous disposions déjà de faits rigoureux qui montraient que le "bouc émissaire acide lactique" était innocent. Il nous a fallut plus d'un quart de siècle pour que l'idée commence à faire son chemin. Combien de temps prendrons-nous pour dépasser l'acidité ? Référence indicative : Protective effects of lactic acid on force production in rat skeletal muscle. Nielsen OB , de Paoli F, Overgaard K. J Physiol. 2001 1;536(Pt 1):161-6 |
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